Qu'en est-il de l'union du hip-hop et de la musique électronique ? De nos jours, la frontière semble floue — en attestent les travaux de ces artistes toujours entre deux, Kanye West, Hudson Mohawke, Kaytranada, A$AP Rocky, ou même tout récemment le dernier Dr. Dre, aux arrangements plus électroniques que jamais. Mais même à l'époque, les deux mouvements partageaient déjà de multiples caractéristiques, comme notamment l'usage du même matos, les Roland TR-808 et 909.

Nées d'influences similaires (les pionniers électroniques des années 50, 60 et 70 comme Kraftwerk ou Karlheinz Stockhausen, la soul, le funk et le disco), à une période similaire (70's-80's), sur un même territoire (USA), les deux milieux semblaient s'être un peu éloignés l'un de l'autre à partir des nineties — à l'exception d'une poignée de timides essais et de certains sous-genres musicaux (notamment la Bmore, le trip-hop et le rap alternatif, y compris le grime).

Cette décennie là, il n’est désormais non seulement plus admis, en théorie, de s’associer à un artiste d’une autre sphère musicale que la sienne, mais les milieux hip-hop et électronique partent chacun à la recherche de leur indépendance, et ainsi former un ensemble à part entière à distance l’un de l’autre. On le voit, si le premier né techno « Clear » de Cybotron en 1983 peut se retrouver sur la radio hip-hop de GTA Vice City sans que personne ne bronche, il n’est plus question de trouver quelques similitudes entre Richie Hawtin et Mobb Deep dix ans plus tard.

Changement d'ambiance dans les années 2000 : d'un côté les associations reviennent, orchestrées par des producteurs emblématiques dans le meilleur des cas (The Neptunes, Timbaland et Swizz Beatz en premier lieu). Ou, à l'inverse, par les grands pontes de l'industrie musicale (et de l'opportunisme), profitant de la sortie d'importantes franchises vidéoludiques et des sequels de blockbusters hollywoodiens (lorsque l'équipe du film commence sérieusement à manquer de recul et de lucidité).

On se souvient tous du soundtrack de Blade II, de l'improbable mélange du big beat et d'une myriade d'artistes hip-hop visiblement peu convaincus, davantage séduits par l’appât du gain que par le répertoire de Crystal Method. Mais tout ceci reste hypothétique. Qui sait, Fabolous, Jadakiss et Ice Cube ont pu éponger, fut un temps, les catalogues de Fatboy Slim et de Paul Oakenfold.

Circa 2007-2009, l'ascension de l'EDM et la croissance de certains artistes, responsables du déclin de la pop et d'un pan entier de la dance music (j'ai nommé sir will.i.am, sir David Guetta et les deux laquais de LMFAO, Skyblu et Redfoo), constituent, aux yeux d'une majorité d'adolescents américains, les premiers émois de la scène électronique. Sans qu'ils n'aient jamais entendu parler de Trax (le label), de Nervous et de Stricly Rhythm, ni même du collectif UR, apparus sur leur propre continent.

hip-hop electronique

Conscients des opportunités commerciales engendrées par le secteur, autrefois délaissé, dénigré, nombre de figures éminentes du hip-hop (respectables ou non) s'y sont intéressés, ont soutenu leurs homologues électroniques et ont privilégié l'échange de bons procédés. La fusion du rap et de cette frange de la dance music (à laquelle s'ajoutent les nouvelles formes du dubstep et de la trap, elles-mêmes perverties) donne ainsi naissance à une tonne de collaborations douteuses — une période regrettable de l'histoire du hip-hop. Le "Starships" de Nicki Minaj (le son ET le clip compris) constitue son apogée, et accessoirement le signe de l’essoufflement de cette tendance insupportable, fort heureusement.

Sans faire mention des carrières de Pitbull et de Flo Rida, Trax a souhaité rassembler les pires exemples de l'union du hip-hop et de l'EDM, de la moitié des Neptunes au chef de file du mouvement crunk, d'artistes emblématiques (Snoop Dogg, Busta Rhymes, Pusha T) et des représentants d'une nouvelle génération (A$AP Rocky, Big Sean, Childish Gambino et le plus cupide d'entre tous, Waka Flocka Flame). Mais parce que l'on vous voit déjà venir, non c'est vrai, tout n'est pas forcément à jeter. Certains tracks situés au croisement des deux genres ont même suscité notre admiration (notamment l'association de Massive Attack et de Mos Def sur la bande originale de Blade II, encore elle !). Tour d'horizon du pire et du meilleur.

LE PIRE

  • Busta Rhymes x Tiesto x Diplo - C'mon (Catch 'em by Surprise)
  • Lil Jon x DJ Snake - Turn Down For What
  • Snoop Dogg x David Guetta - Sweat
  • Waka Flocka Flame x Steve Aoki - Rage The Night Away
  • A$AP Rocky x Skrillex - Wild For The Night
  • Lupe Fiasco x Bassnectar - Vava Voom
  • Childish Gambino x Flux Pavilion - Do or Die
  • Pharrell Williams x Swedish House Mafia - One (Your Name)
  • Pusha T x Axwell x Ingrosso - Can't Hold Us Down
  • Big Sean x Calvin Harris - Open Wide
  • David Guetta x The Black Eyed Peas - I Gotta Feeling

LE MEILLEUR

  • Mos Def x Massive Attack - I Against I
  • Kanye West x Daft Punk - Black Skinhead
  • Bishop Nehru x Disclosure - You Stressin'
  • Pharrell Williams x Cassius
  • Kendrick Lamar x Flying Lotus - Never Catch Me
  • Azealia Banks x Machinedrum - 1991
  • Chance The Rapper x James Blake - Life Around Here
  • Q-Tip x The Chemical Brothers - Galvanize
  • Young Thug x Jamie xx - I Know There's Gonna Be (Good Times)
  • Kid Cudi x Nosaj Thing - Man On The Moon (The Anthem)

On se demande encore...

  • Kid Cudi x Crookers - Day 'n' Night
  • Dizzee Rascal x Armand Van Helden - Bonkers