Nombre d'artistes s’indignent, s'opposent ardemment, de manière vaine ou fructueuse, aux conditions d'utilisation, de rétribution et de partage des royalties générés par les services de streaming. Le modèle économique de diverses plateformes - Spotify, Apple Music, Pandora et Tidal en première ligne – suscite ainsi une pléiade de critiques vives (et légitimes, selon toute vraisemblance) émises à leur encontre, de réprimandes amères énoncées par les ayants droit, faute d’un authentique pouvoir de sanction.

Figure de proue du mouvement de contestation, à l’instar de Beck, de Thom York et de Nigel Godrich (Atoms for Peace), farouchement opposé, jadis, au principe du streaming, David Byrne a voué sa plume à la défense des artistes et des labels indépendants, convié par le New York Times à rédiger une tribune interrogative :

« Considérons les questions laissées en suspens lors du conflit ayant opposé Apple et Taylor Swift. Pourquoi les majors ne se sont-elles pas dressées contre cette clause (le refus de rémunérer les artistes pendant les trois mois d’essai gratuit de la plateforme de streaming, ndlr) ? Est-ce là le fait d’une offre plus avantageuse, à l’inverse des petits labels indépendants ? Est-ce dû à l’ampleur de leur catalogue, de leur répertoire musical, exempts de tout coût de production et de distribution, et sans lesquels aucune plateforme de streaming ne pourrait exister ? »

Au fil du temps, suivant l’exemple de ses pairs, David Byrne s’est questionné quant à la finalité du streaming, le percevant comme un compromis, une alternative réaliste, à l’inverse du téléchargement légal et de la lutte contre le piratage des œuvres sur Internet – en témoignent les signes avant-coureurs de son déclin, parmi lesquels le licenciement récent du secrétaire général de la HADOPI. L’artiste britannique déplore l’attitude des majors (Sony, Warner, Universal) et l’opportunisme des services de streaming, dont le manque de transparence semble affecter durablement la santé d’une infinité d’artistes et de petites structures :

« J'ai interrogé des représentants d'Apple Music, au sujet de la distribution des royalties engendrés lors de la période d'essai. Ils m'ont affirmé que de telles informations ne pouvaient être transmises, à l'exception des détenteurs de droits d'auteur (en d'autres termes, les maisons de disques). Je dispose de ma propre structure et des droits d'auteur de certains albums, mais lorsque je m'adresse au distributeur auquel je suis associé, celui-ci me répond ceci : 'Vous ne pouvez consulter les clauses de ce contrat, mais pouvez néanmoins joindre notre avocat par téléphone, par le biais du vôtre, et nous inciter à répondre à certaines de vos questions.' »

Une telle déclaration peut s’apparenter à un aveu de faiblesse de l’ancien leader des Talking Heads, en charge de la programmation de l’émission Meltdown de BBC 6, dont les divers projets - limités, confidentiels – ne suffisent aucunement. 

Si son action peut paraître vaine, si la tribune de David Byrne ne peut provoquer un effet comparable aux prises de position de Taylor Swift, d’un artiste à la notoriété et au pouvoir de dissuasion conséquents, son existence permet néanmoins la mise en exergue d’une certaine injustice, d’un problème d’envergure. Les récentes interventions de la commission de la culture du Parlement européen et du ministère français de la Culture (la nomination d’un médiateur chargé d’instaurer un système égalitaire) attestent de l’urgence d’une décision. Les responsables de Tidal l’inséraient également dans la liste d’atouts de la nouvelle plateforme de streaming, placés sous le giron, sous la protection de figures imposantes (Jay-Z et Beyonce, Madonna, Daft Punk, Arcade Fire et Kanye West, entre autres), désignant – en toute discrétion - la solidarité entre artistes comme remède miracle.