Par Marjolaine Casteigt

On nous avait promis du bon son, un esprit "rave" et un moment très "techno". On ne nous a pas mentis. Autant de nuances électroniques servies sur un même plateau au Kolorz Festival de Carpentras, que demande le peuple ?

La scène 2 du Kolorz 2015 ©Jean-Christian Bonnici

Le line-up, citons-le une dernière fois pour la postérité : Laurent Garnier, Maceo Plex, Recondite, Kolsch, Shall Ocin et Greg Delon ont chauffé les corps et les esprits du soir 1. Jeff Mills, Adam Beyer, The Driver (aka Manu Le Malin), Rødhåd, Ida Engberg et Maxime Dangles les ont carrément achevés le soir 2. Et les Kolorziens étaient nombreux, plus de 5000 festivaliers par soir, venus de la France entière – parfois même du grand "Nord" – pour se délecter d’un son lumineux aux pieds d’un château fantôme (le Château Durbesson, le nouveau lieu choisi pour l’édition d’été 2015), dans la moiteur de ces deux belles nuits d’été.

Laurent Garnier b2b Maceo Plex au Kolorz 2015 ©Jean-Christian Bonnici

Difficile donc de faire le bilan musical d’un festival aussi qualitatif. Et puis surtout "à chacun son Kolorz". Nous avons tout de même pris soin de glaner quelques échos dans la foule, à l’after du samedi soir ou sur l’asphalte chaude du parking, au petit matin.

"Qu'est-ce que vous voulez ?"

Certains auront préféré la première soirée, sans doute plus "groovy", avec en prime le mémorable B2B offert par Laurent Garnier et Maceo Plex pour clôturer le bal. Pour d'autres, ce sera la techno plus radicale du deuxième soir. Si nous devions choisir trois artistes très différents pour illustrer "notre" Kolorz : Recondite pour son live et sa minimale ronde et sensible, The Driver parce qu’il a pris le contrôle de nos corps, repoussant nos limites dans des éclats de basses hardcore, et sa Majesté Jeff Mills parce qu’il nous a bel et bien lovés dans l’espace, rien que ça.

Les dernières minutes de plaisir du festival, c’était lui. Après son rappel, il a sourit tel un sage puis le rideau est tombé, nous a laissé tous là tels des chiens errants à la recherche d'encore un peu d’amour quelque part. "After ?". After au bar du Marché Gare avec Jack de Marseille le bienveillant (entre autres) qui nous a accompagné jusqu’au soleil levant. After de l’after sur le parking. After de l’after de l’after sous les arbres et au café du coin. Outre les claques sonores que l'on gardera en mémoire encore bien longtemps, notre Kolorz est surtout parsemé d’une série de petits flashs et de visages qui tournent en boucle dans nos cerveaux embrumés.

Le peuple du Kolorz ou l’esprit « rave »

De la sueur, des peaux collées qui dansent devant des icônes vivantes, des garçons et des filles en transe accrochés aux barrières, des bras qui battent en rythme vers le ciel, des regards qui veulent dire qu’on se comprend et qu’on est bien, des conversations improbables dans les très longues files d’attente pour atteindre les toilettes écolos ou le comptoir du bar, plein de nouveaux 06 dans nos téléphones.

Notre Kolorz, ce sont surtout les gens. Tous ceux que nous avons rencontrés pour parler de techno et de la vie en général. Il y a Anthony avec son grand smile et son t-shirt fétiche, la petite bande d’Aixois dans l’herbe avec les cigales, au repos après la bataille, Marilyne la tatoueuse et son pote Manu, nos copains de l’espace VIP, Vanina la jolie comédienne du Cours Florent, le Capitaine Jérémie et enfin ce Français d'Australie qui nous a jetés ensuite dans le centre de Carpentras.

La scène 1 du Kolorz 2015 ©Jean-Christian Bonnici

Tous, des milliers, rassemblés dans un bel esprit "rave". Laissant tourner ce monde un peu dingue derrière eux pour vivre l’instant techno. Des jeunes, des moins jeunes, des ados avec leurs parents, des fous-fous, des posés, des dormants, des visages mouillés, des lunettes de soleil dans la nuit noire, de belles filles avec de longues jambes pour monter sur des épaules tatouées, de grandes pupilles, des gros sourires avec plein de dents, des concentrés, "des" qui prennent les filles par la taille pour danser, avec délicatesse, et donc des baisers volés, des bandes de copains qui se câlinent et qui bougent inlassablement.

Il y a aussi les blessures de guerre, les brûlures de clopes, les bleus et les ampoules mais pas trop, des quantités de bière déversées sur nos vêtements et nos cheveux, nos pompes dégueulasses, un gros trou dans nos porte-monnaie et aussi, de la bonne grosse fatigue. "Dream don't sleep" et à l'année prochaine, peuple du Kolorz.