Aujourd'hui même sort le cinquième album du duo new-yorkais Ratatat, Magnifique. Impossible d'y résister, nous avons saisi la Pokéball au bond pour aller les voir à Paris, sur la scène du We Love Green, le festival eco-friendly du parc de Bagatelle. On retrouve le guitariste Mike Stroud et son acolyte producteur Evan Mast chez Because Music au lendemain de leur performance, fatigués, moelleusement vautrés dans les fauteuils club défoncés d’un coquet petit salon avec vue sur jardin.

Photos : Flavien Prioreau

Vous êtes à Paris à l’occasion du festival We Love Green, où vous avez joué hier. Comment s’est passé votre concert ?

Evan Mast : On s'est éclatés. Comme il ne faisait vraiment pas beau, on pensait que beaucoup de monde serait parti, mais finalement il y avait foule et le public a été véritablement réactif. On s'amuse toujours en France.

J’aime le fait que les gens puissent s’imaginer eux-même l’histoire qui est racontée dans ce disque.

Vous jouez ensemble depuis onze ans. Comment faites-vous pour continuer à vous supporter ?

Evan Mast & Mike Stroud : (rires en choeur)

Mike Stroud : C'est plutôt facile, en général. On fait le même truc. Evidemment, on s'entend vraiment à merveille quand la musique nous plaît ! On est juste deux, donc s'il y a un problème, un "fuck you" suffit à tout régler (rires).

ratatat

Vous passez beaucoup de temps ensemble ?

EM : En ce moment, on se voit surtout quand on travaille notre musique, ou quand on tourne. Mike habite désormais dans le nord de l’Etat et moi je suis toujours à Brooklyn.

MS : Oui, j’habite à trois heures de New York, donc on se voit surtout pour travailler. On passe quand même beaucoup de temps ensemble (rires) !

Votre album, qui sortira sur XL Recordings le 17 juillet, est intitulé Magnifique. A quoi ce titre en français fait-il référence ? 

EM : “Magnificent”. Ça sonne bien. C’est très positif.

C’est un disque où les genres varient.

Vous avez dessiné la couverture de cet album, où l’on découvre des figures mythiques du cinéma, comme Catherine Deneuve, Al Pacino, ou la scène de la douche dans Psychose. La couverture de votre précédent album, LP4, représente une perruche appartenant à Mike, dont le nom est Fellini. Dans quelle mesure le cinéma influence-t-il votre musique, et ce nouveau disque plus précisément ?  

MS : Oui, Fellini, c’était le nom de ma perruche. Ma femme est obsédée par Fellini.

EM : Je crois qu’on s’intéresse vraiment au cinéma. Très souvent, quand on voit un bon film, ça exalte notre envie de faire de la musique. A chaque fois qu’on voit quelque chose de super, ou même pas en fait, ça nous fait tergiverser. Et les B.O. des films de Fellini sont excellentes. Pour Magnifique, on n’a pas fait de corrélation entre un certain film et un morceau en particulier. Le cinéma nous influence de manière plus globale.

Pourtant, on pourrait presque penser, par exemple, qu’il s’agit d’une B.O. imaginaire pour un La Dolce Vita contemporain, avec ces titres faisant référence à Rome (“Rome”), à la fête (“Nightclub”) et aux belles bagnoles (“Countach”). Cet album est-il censé raconter une histoire ?

MS : Tu l’as trouvée ! (rires). Non, c’est vraiment instrumental et abstrait. Mais justement, j’aime le fait que les gens puissent s’imaginer eux-même l’histoire qui est racontée dans ce disque.

Entre LP4 et Magnifique, cinq années se sont écoulées. Que s’est-il passé entre temps ?

EM : On a juste fait une pause. On avait sorti quatre albums, à raison d’un tous les deux ans. On a tourné pendant un an après chaque album. Ça prend du temps. On avait juste besoin d'une pause. On se sentait vieux (rires). 

Vous avez déjà sorti deux titres de Magnifique : “Intro” et “Cream on Chrome”. Sur YouTube, on voit énormément de commentaires évoquant les similitudes de votre musique avec celle de Queen. Qu’en pensez-vous ?

EM : Queen ? C’est cool. C’est vrai !

MS : Complètement, absolument. Leur jeu de guitare a toujours été une grande influence pour nous. Effectivement, c'est intéressant que les gens se soient arrêtés là-dessus. 

Quelles sont vos autres influences ?

MS : Pendant l’enregistrement, on écoutait beaucoup Aphex Twin, et Pete Drake. Il joue d’une espèce de guitare qui chante, avec un tube dans la bouche. Sinon, on écoute un peu de tout, de vieux disques des Kinks, et de la musique française : les premiers Daft Punk, Justice, Serge Gainsbourg…

Queen ? [...] Complètement, absolument.

Le résultat est très pop, et s’éloigne des sonorités hip-hop de vos précédentes productions...

EM : C’est vrai. On voulait faire quelque chose de mélodieux, un album centré sur la guitare, cette fois, plutôt qu'une production hip-hop, mais on aime toujours ce genre musical.

ratatat

La “Ratatat touch”, reconnaissable notamment par ses longs solos de guitare ondoyante, est toujours bien présente dans Magnifique. D’où provient ce son qui vous est si spécifique ?

EM : C’est venu tout seul. On faisait chacun de la musique, puis on a formé notre duo et on a fait un mélange de ce qu’on jouait individuellement.

MS : Je dirais que j’avais un background plutôt rock, et Evan faisait quant à lui de la musique électronique. C’est un mélange de ce qu’on faisait chacun de notre côté, qui s’est réalisé naturellement.

EM : Et ensuite, on a beaucoup volé à Queen (rires).

Vous avez déjà pensé à changer littéralement de style ?

EM : Je ne pense pas qu’on le puisse. On fait souvent des morceaux qui me semblent très différents, à tel point que je pense que les gens ne reconnaîtront pas qu’il s’agit d’un track de Ratatat. Pourtant, à chaque fois, on nous répond : “c’est totalement vous, les gars !”

Changer de style ? Je ne pense pas qu'on le puisse.
MS : On continue à se poser des questions et on cherche toujours à s’améliorer dans ce qu’on fait. Ce qui nous intéresse, c’est avant tout la musique instrumentale. Sur ce nouveau disque, il y a des trucs plus rares, comme des espèces de morceaux de slide de guitare hawaïenne, ou encore “Nightclub”, qui est un track plus agressif. C’est un disque où les genres varient.