Une prog incroyable, parfaitement paritaire, et un esprit libre font du Loud & Proud un événement unique : le premier festival français dédié aux musiques et cultures queers se tiendra du 2 au 5 juillet à la Gaité lyrique, mais pas seulement.

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Une soirée aura lieu au Lieu Unique à Nantes et une autre au Sucre lyonnais. Une belle initiative qui cherche à d’abord à représenter, puis questionner les minorités sexuelles en convoquant pour cela la fine fleur des représentants queers à l'international : Paula Temple, Zebra Katz, Clara 3000, Kiddy Smile, Perfume Genuis, Léonie Pernet, Planningtorock, Austra, LE1F, Karim & Karam, bref une prog généraliste, qui passe du rap à la techno allant toujours à rebrousse poil des conventions. Frais, ouvert à tous, incontournable.

Avant de lire l'interview de l'organisateur, petit point sémantique. Que veut dire queer ? C'est d'abord une insulte signifiant "tordu", "pas commun", qui a été récupérée par les minorités pour en faire un symbole, une fierté, une identité. Selon notre dictionnaire du Web, ce terme sert avant tout de point de ralliement pour ceux qui — hétérosexuels compris — ne se reconnaissent pas dans l’hétérosexisme de la société, et cherchent à redéfinir les questions de genre (Théorie queer).

Se définissent ainsi comme queer des personnes aux pratiques et/ou préférences sexuelles non exclusivement hétérosexuelles ou ayant des caractéristiques qui ne correspondent pas aux normes liées à leur sexe, mais qui ne souhaitent pas se (voir) définir plus précisément, que ce soit par leur sexe (homme ou femme) ou leurs pratiques sexuelles. Fort de ce savoir, entrons dans le vif du sujet.

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ENTRETIEN AVEC BENOIT ROUSSEAU, ORGANISATEUR DU LOUD & PROUD

C’est le premier festival consacré aux cultures gays et queer en France. Un festival pareil manquait au paysage français, c’est pour ça que vous vous êtes lancés ?

Oui un tel festival manque au paysage français, et nous sommes partis d’un constat : les artistes présents dans la majorité des festivals de France sont des hommes blancs et hétéros. On manque cruellement de la représentation des minorités en France, et ailleurs aussi. Il faut admettre que la plupart des festivals électroniques ne sont pas diversifiés. Fait quasi incroyable, le Loud & Proud mettra à l’honneur plus de femmes que d’hommes, ce qui est hyper rare quand même. Et on ne s’est pas forcés à respecter la partié, ça s’est fait naturellement.

Penses tu attirer un public non gay et queer ou bien tu crois que le public présent sera majoritairement gay ?

On n’en sait rien du tout ! On s’attend surtout à un public ouvert, et on mise beaucoup sur la notion d’empowerment. Je m’explique : si une jeune lesbienne ou un petit gay vient au festival, on espère que ça lui permettra de s’ouvrir et de comprendre qu’il est représenté culturellement. Parce qu’en France, en tant que jeune gay c’est difficile de trouver d’être représenté, et les jeunes groupes queer français sont encore inexistants.

Y’a t-il une dimension politique à la culture queer ?

Oui totalement ! Il faut rappeler que le terme queer est d’abord une insulte que nous nous sommes ré-appropriée pour en faire une force. C’est un statement politique qui rappelle l’importance de la représentation des minorités.

Est-ce qu’il y a un son queer ? Au delà d’appartenir à la culture queer, y’a t’il un point commun musical entre tous les artistes présents au Loud & Proud ?

Il n’y a pas de son queer à proprement parler en effet. Leur point commun est que tous tiennent un propos queer revendicatif, ils assument leur vie et leur sexualité, et c’est d’abord le message qu’on souhaite véhiculer. Et bien évidemment, leur musique est ultra intéressante, mais on trouvera du rap, de l’électronique, de la folk, tous types de styles en fait, avec comme seul point commun de coté indé et queer. C’est un Pitchfork pour queer !