À l'occasion de la récente sortie d'un coffret renfermant trois de ses albums (Basictonalvocabulary, Balance et Force + Form) signés entre 97 et 99 sur Tresor Records (dont on vous en fait gagner une copie), Surgeon a répondu à nos questions qui reviennent sur sa carrière et son œuvre.

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Interview de Surgeon

Avec British Murder Boys (BMB), Regis et toi avez conçu une toute nouvelle forme de musique. Avant vous, peu voire personne n'avait encore sorti un son si puissant, si saturé, si extrême — y compris la façon dont vous utilisiez les machines et les instruments était inédite. Comment en êtes-vous arrivés à ce point ? Par lassitude de la musique de l'époque ? Un désir d'aller plus loin?

BMB était un fantasme construit au fil du temps. Une sorte de numéro space rock venu d'un autre univers sur lequel nous fantasmions. Bien sûr, Karl (O'Connor aka Regis, ndlr) et moi travaillions ensemble bien avant BMB, et ça a consolidé le truc. J'imaginais une cérémonie, style Brit Awards ou quelque chose comme ça, où chaque année BMB aurait gagné la catégorie "Duo de space rock barré le plus aimé de Grande Bretagne". Je la vois parfaitement, l'annonce, le speech... On l'a gagné chaque année.

La scène techno prétend souvent repousser les limites, être expérimentale, alors qu'en réalité elle est ultra conservatrice.

Quand certains choisissent le minimalisme musical, vous, vous prenez plutôt l'autre direction et poussez les choses à leur extrême. Pourtant, on peut dire dans un certain sens que votre son est plutôt dépouillé, uniquement fait de modulations de distortion, de Larsens ou de textures ; on est très loin d'un Flying Lotus et de tous ses nombreux instruments, ses fourmillements de sons ou de ses impro et arrangements free jazz (bien qu'on puisse y voir dans votre musique un certain rapport avec le free jazz).

Oui, le free jazz est une très bonne comparaison. Karl et moi ne nous sommes jamais sentis vraiment à l'aise sur la scène techno. Elle prétend souvent repousser les limites, être expérimentale, alors qu'en réalité elle est ultra conservatrice. Classique. C'est comme si les gens avaient une boite avec l'entière Création à l'intérieure et qu'ils regardaient une photo de cette boite au lieu de regarder dedans. Ne voir qu'une reflexion et être séduit par ça.

Surgeon

La question de la colère dans ta musique est également à discuter. Je me souviens d'une interview avec le duo de Manchester AnD qui disait que "l’esprit de la musique industrielle n’a jamais été basé sur la colère, mais qu'elle avait toujours était un mouvement contestataire envers les conventions sociales." On est en 1994 à Birmingham, tu sors ton premier maxi Magneze, la dureté de la vie là bas t'influence ?

British Leyland, British Home Stores, British Steel, Tommy Steel, tous les grands anciens. Si tu mets quelque chose de bien à Birmingham, tu peux être sûr que les gens le détruiront et lui vomiront dessus à peine arrivée, donc oui, c'est une influence. Pour moi la colère n'est pas la même chose que l'intensité. Dans ma musique il y a de l'intensité, pas de la colère.

Et toi, personnellement, tu es colérique ?

Je suis une personne très, très calme. Les gens me font souvent remarquer à quel point je le suis.

Avoir mis fin à BMB, après votre live final à Tokyo en 2013, a beaucoup attristé vos fans. Devant tant d'enthousiasme, vous n'avez jamais considéré revenir ? Vous sentiez-vous être arrivés au bout du projet ?

Ce concert à Tokyo a été le seul où nous avons fait exactement ce que nous voulions faire en live, un vrai show, et pas seulement un gig dans un club où l'on y joue de la techno (notre tour manager sur place s'occupe également de Saxon (groupe de hard rock et de heavy metal anglais, ndlr), ça en dit long). Je suis content que cela ait été filmé, et content que le rendu final ait pu retenir la tension qu'il y a entre nous deux. Nous ne pouvions pas le refaire, c'était un coup unique... Nous y avons donc mis fin.


"Nous ne pouvions pas le refaire, c'était un coup unique... Nous y avons donc mis fin."

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Le coffret contenant les 3 albums de Surgeon sortis sur Tresor Records

Tresor Records vient de represser trois de tes précédents albums sortis entre 97 et 99. Nostalgique ? Ou peut-être une envie de faire découvrir à toute une nouvelle génération un travail qui, sans Internet, était plus difficile à trouver à l'époque ?

Oui, je pense que c'est une bonne chose de faire connaitre les archives à une plus jeune génération de fans de musique électronique, le tout présenté dans un joli coffret.

Il y a quelques mois à Birmingham, tu nous as tous scié d'avoir joué avec Lady Starlight, la première partie de la tournée de Lady Gaga. Des similitudes musicales entre Lady Gaga et toi ? Avoue que c'est vraiment surprenant de voir associer l'une des plus grandes stars de la pop music avec l'un des précurseurs de la UK techno industrielle...

Il ne s'agit pas de similitudes musicales, il y a bien d'autres ressemblances à bien d'autres niveaux. J'adore toute cette team, elle est tellement passionnée et enthousiaste de toutes les formes d'art.

À l'époque, tu as apporté une nouvelle vision au paysage musicale électronique. Comment vois-tu son futur ? Et celui de la scène techno ?

Je vais continuer à suivre ma vision artistique et créer un travail pur et sincère comme je l'ai toujours fait, sans me soucier de ce dont les autres sont trop effrayés de faire. Il y a de très bons producteurs sur la scène techno anglaise. C'est un paysage musical unique.

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English version

With BMB, you and Régis just conceived a very new form of music. Back then, we never heard of this so powerful sound before and nobody played instruments and machines as you did. How do we achieved to that? Did you feel a kind of despondency of music? An envy to go further?

BMB was a fantasy that built up over time. Some kind of alternate universe space rock act that we fantasised about being. Of course Karl and I had worked together for a long time before BMB, but that kind of solidified it. I imagined a music awards show, like the Brit Awards or something like that. Every year BMB would win the category for "Britain's best loved absurdist space rock duo". I can see it all every detail, the announcement, the acceptance speech... We won it every year.

When some are choosing musical minimalism, you take to other path and choose to push everything on his extreme point. Nevertheless, in a certain way, we could say that your sound is uncluttered; we’re far from a Flying Lotus with all his instruments, incredible free jazz impro and arrangements. But we could also see a bridge to free jazz...

Yes, free jazz is a very good comparison. Karl and I have never fit comfortably in the techno scene. It frequently holds itself up to be experimental and boundary pushing when in reality it's ultra conservative. Totally vanilla. It's like people have a box with the whole of creation inside it and they just look at the picture on the box instead of looking what's inside. Looking at a reflection and being seduced by that.

The question of anger in your music is also to discuss. I remember speaking with the Manchester’s duo AnD, who said: « The spirit of Industrial music has never been about anger, it has always been a movement about rebelling against the grain. » What was the context of England and specially in your hometown in Birmingham when you produced your first release Magneze in 1994? Would you say there is anger in your music? Are you an angry-type person?

British Leyland, British Home Stores, British Steel, Tommy Steel all the former greats. If you ever put anything nice in Birmingham, then people always burn it down and puke in it on the first night it's there, so yes, it's an influence. For me anger isn't the same as intensity. Theres intensity in my music, not anger. I'm a very, very clam person. People often remark about how calm I am.

The end of BMB, even after this final live in Tokyo in 2013, made a lot of people sad. In front of this enthusiasm, wouldn’t you consider to come back? The choice of putting an end to BMB, was it because of the feeling of a fullness in your work, and you wanted to finish on top?

The final show in Tokyo was the one where we actually pulled off what we always said we were going to do and put on a real show, not just a regular club gig where we play techno at people (our tour manager there also looks after Saxon, which says it all really). I'm glad it was filmed and i'm glad the final edit captures the tension between us. We just couldn't do it again because it was a one time thing... We made it end.

Tresor Records actually repressed three of your LPs released between 1997 and 1999. Is there some kind of nostalgic feeling in the air right now? Or maybe an awareness onto the work of the pioneers which, without Internet and all the new technologies we have today, was harder to discover?

I think it's good to make a younger generation of electronic music fans aware of that archive of work and to present it in a lovely box.

You took us by surprise a few months ago when you played for the warm up of Lady Gaga’s show in Birmingham next to Lady Starlight. We already told that story on Trax, but right now I would like to know what’s similar between Lady Gaga’s music and yours? I’m sure you would agree on the fact that is surprising to see one of the biggest and more mainstream music star in the world associate with one of the creator of a deep, noisy and underground genre of music as the industrial UK techno.

It's not about any similarity between our music, there are many other similarities on so many other levels. I love that whole team, they have so much passion and enthusiasm for all kinds of art.

You brought a new vision to the electronic music landscape back then, so now, how do you see the futur of electronic music? And the UK techno scene?

I'll keep following my artistic vision and create pure, honest work like I always have without worrying about what others are too scared to do. There are some great producers in the UK techno scene. It's a unique musical landscape.