Ceux qui postent leur remixes, bootlegs ou mashups, et de plus en plus ceux qui utilisent tout simplement SoundCloud, ont très certainement déjà pu être confronté aux régulations qui se durcissent de la plateforme de streaming, initialement réputée pour être ouverte et accessible. Vous savez, cet énervant "Oops, we couldn't find that track" qui aurait pu sortir de la bouche siliconée d'une bimbo écervelée. Justement. Puisque chez Trax nous devons aussi batailler pour uploader nos podcasts hebdomadaires, on a décidé de se pencher un peu sur la question : est-ce que SoundCloud aurait perdu la tête ?

En 2013, les premiers vrais durcissements de sa politique de droits d'auteur avaient déjà suscité de fortes réactions et entraîné la pétition "SoundCloud, change your copyright policy", signée par plus de 5 000 personnes. La raison ? Grâce à un robot de la société digitale Zefr (qui travail également pour YouTube), la plateforme avait renforcé son système de filtrage automatique de contenus. En plus d'une censure souvent abusive, SoundCloud s'allouait au passage le droit de retirer le contenu avant même de prévenir les artistes concernés. Un respect des droits d'auteurs dans sa bonne et due forme légale, mais qui imposait en écho une forme de répression sans précédent aux DJs et artistes.

Robot

Depuis, de nombreux forums d'entraide entre DJs ont vu le jour pour contourner ces restrictions. Mais récemment, elles se sont encore durcies et le gentil petit robot militant pour les droits d'auteurs s'est transformé en machine infernale pro-major et casse-DJs. Encore plus performant, il est désormais très difficile de passer entre les mailles de son terrible filet, balayant d'un souffle mixtapes, DJ sets et autres remixes : à moins de se lancer dans une pénible conversation avec la plateforme et d'adresser une requête d'erreur, certains DJs et artistes ne peuvent plus diffuser leur travail et leurs propres tracks, sous prétexte que les droits appartiennent à leur label. Une censure évidemment jugée injuste (comme le montre cette capture d'écran du SoundCloud de l'artiste Marc Romboy) qui advient alors même que les artistes paient chaque mois la plateforme, via son système de monétisation des comptes Pro et Pro Unlimited.

Soundcloud Mark Romboy

Le sentiment de ras-le-bol est réactivé et les utilisateurs comptent le faire comprendre. Si, sur les réseaux sociaux, les réactions diffèrent, allant des commentaires d'incompréhension ou de rage, de messages vocaux ou de lettre ouverte, le constat reste le même : SoundCloud doit changer sa politique de détection des copyrights. Et vite, sinon les DJs risquent de rapidement se détourner de cette plateforme comme le montre dans ce podcast, Crame (I'm A Cliché), DJ français et fondateur de House of Moda : "Je suis DJ, mon travail est de jouer la musique des autres donc je ne possède aucuns droits. Mais c'est mon travail, c'est ma mission. (...) Les DJs sont les mecs qui ont rendu célèbre SoundCloud. Ce sont les gars qui font que SoundCloud gagne de l'argent parce que nous payons ces comptes payants qui sont chers. Donc s'il vous plaît, faîtes quelque chose avec ça. Sinon et bien, vous pouvez juste aller vous faire foutre."

Il est évident que les futurs pas de SoundCloud seront décisifs tant pour ses utilisateurs que pour son avenir : si la plateforme les écoute et modifie sa détection des copyrights, elle restera fidèle à la communauté qui a participé à son succès. Si elle reste dans le silence, elle risque bien de faire fuir ses premiers utilisateurs, et donc son audience.