Photo en Une : Jacob Khrist pour Trax Magazine

panoramas

Dans l'air ce vendredi 3 avril, l'impatience. Les cris de certains jeunes dans les rues ne trompent pas, les Bretons sont là et pas pour manger des crêpes. En tout, sur l'ensemble du festival et de sa durée, l'organisation se félicite de ses 27 000 festivaliers dont 11 000 par soir sur site. Un petit festival qui a commencé dans les bars de la ville, devenu "grand, majeur mais toujours pas vacciné" rigole Wart, la team à l'initiative de l'événement.

Quelques trous dans le discours d'inauguration des maires des communes voisines laissent néanmoins transparaitre une certaine crainte quant à l'affluence grandissante du "Pano". Un Morlaisien avance même que "certaines personnes des administrations publiques confondent festival de musique électronique et rave party". Mais qu'importe, cette 18ème édition aura bien lieu et c'est une fierté pour tout le monde ici.

Panoramas Festival - Day 2

Il fait chaud dans cette navette qui nous emmène sur le site. Des cris, des chants, des couleurs flashy, de l'alcool et des déguisements pour le moment propres soulignent le jeune âge du public qui se réparti déjà tête baissée à travers les trois grandes scènes proposées par le festival. Il n'est pas minuit que l'ambiance semble plafonner, et c'est une bonne chose.

Le ridicule ne tue pas, ici c'est même un mot d'ordre

Dans les festivals en général, il y a toujours des choses que l'on n'explique pas. Comme ici, le quart des gens en déguisement Pikachu, panda, banane, tyrannosaure et combinaison intégrale motifs billets de 500€ ; ou bien le fait que le public danse et pogote de façon égale sur la drum n bass de Noisia, la techno de Kink, le hip-hop de Kaytranada, le rap américano-français de Joke, ou encore de la transe 90's made in Salut C'est Cool qui a été la mèche de ce grand incendie humain ; puis l'espace prévention encore et toujours vide : les gars, c'est génial ce que vous faites et on vous soutient à 200%, mais faites ça avant ou après l’événement, ou quand vous voulez, mais pas pendant !

Salut C'est Cool, en feu. /© Jacob Khrist Salut C'est Cool, en feu

L’ambiance est survoltée, Kaytranada nous avouera le lendemain son plaisir constant de jouer en France pour un public toujours fou, et que parfois ça dépasse un peu les bornes : "Ils se lançaient des baguettes de pain dessus !" Mais passés les 1h du matin, un ami bien connu des festivals commence à se faire un peu trop pesant. Pas tant de drogue que d’alcool qui, lui, imbibe tout le monde. Peut importe où vous vous mettez, même dans les plus reculés des coins, même à un kilomètre aux alentours, un mec va venir en titubant vous décrocher l'épaule avec la sienne. Non, au Panoramas, vous n'êtes à l'abri de la fête nulle part. Certains pourraient critiquer le festival en le qualifiant de géante cour de récréation pour jeunes étudiants, nous, on dira que les étudiants dans le Nord savent ce que c'est que de faire la teuf.

Panoramas Festival - Day 2

Jour 2

Éclaircies et gueule de bois, le lendemain s'annonce physique pour les nombreux a avoir abusé la veille. La nuit, il ne fait franchement pas chaud et le camping doit être une sacrée épreuve. Ces principales raisons doublées d'un line up un poil plus pointu, ont ramené la temperature à un niveau plus agréable, une folie plus sérieuse. Et c'est une bonne chose. Etienne de Crécy est dans les premiers à ouvrir le bal avec le live de son projet Super Discount 3, suivi par le quatuor Cotton Claw et Superpoze qui execute son premier album Opening d'une façon "plus rythmique et dansante", comme promise dans son interview.

Panoramas Festival - Day 2

Le mot passe que Brodinski va enfin commencer dans le Grand Club, considéré pour tous ici comme une véritable tête d'affiche. Grand écran, visuels à la mode façon Arca et gros son, il n'en faut pas plus pour faire hurler un public gagné d'avance. Finalement, Brodinski lui donne ce qu'il veut, au risque d'obtenir un ensemble plutôt putassier qui mélange son titre mi-figue mi-raison "Can't Help Myself" et le toujours frissonnant "Never Grow Old" de Robert Hood.

Pendant ce temps, on préfèrera se prendre un vent de fraicheur devant FKJ qui donne, et qui donne, et qui donne à son public à coup de solos de synthé admirables et de virtuosité multi-instrumentale dont il a le secret. Juste derrière il faut aller voir Modern, énorme claque techno à six mains, celles de Traumer, Electric Rescue et Maxime Dangles qui construisent un live aux sonorités analogiques, bodybuildé et implacable. Et le soundsystem est ravi.

FKJ FKJ

Puis on arrête tout, direction Laurent Garnier. Laurent était à Morlaix dans l'après-midi, côtoyait les gens dans le bar du coin, donnait des interviews et mangeait avec l'équipe du festival. On le croisera le lendemain, ravi de son set, et à la question "pourquoi le Panoramas de Morlaix ?" il avouera, "parce que ici, c'est la famille, et on est toujours bien en famille !"

Il arrivait tôt sur le site, prenait la temperature et comprenait où en étaient les gens. Sous une pluie d'acclamations sincères, Laurent reprit là où son prédécesseur Tchami s'était arrêté et commença doucement à nous emmener ailleurs — là où, sans le savoir, nous voulions aller. D'une house garage un tantinet facile nous déviions bientôt vers une techno plus étirée, plus sérieuse mais jamais sans sa touche, la touche chaleureuse, la rassurante, le miroir de nous-mêmes. Et le génie de Garnier est bien là : Laurent, c'est nous. Sa musique est la notre parce qu'il sait se mettre à notre place. Qu'après environ 30 ans de DJing, il a appris à lire son public, à sonder son cerveau et lui jouer son âme. Laurent est un véritable disc jockey. Laurent, c'est nous.

Laurent Garnier Laurent Garnier (crédit photo : Eric©Tanguy)