Cette année, c'est à Paris que ça se passe. Pour fêter cet heureux événement dans les règles, partir à la rencontre des jeunes talents de France et des scènes locales, ainsi qu'annoncer l'ouverture des inscriptions de la nouvelle session, la RBMA organisait à Strasbourg du 22 au 24 janvier trois belles soirées dans les cales du Rafiot — ancienne péniche reconvertie en club —, sublimées par une conférence de l'un des pères de la techno de Detroit, Juan Atkins. En exclusivité pour Trax, la RBMA nous a offert l'écoute intégrale de son set joué au Rafiot. Rien de mieux pour se mettre dans le bain pendant que l'on vous raconte ce qu'on a vécu pendant ce séjour.

From Detroit to Strasbourg

Il fait froid, tout le monde l'a remarqué, y compris Juan Atkins qui garde vissé son bonnet et serrée son écharpe, même à l'intérieur de la magnifique salle Mozart où un parterre de journalistes, blogueurs et petits chanceux le regardaient comme on regarde une légende. On n'a pas tous les jours la chance de voir et encore moins d'écouter l'un des pères fondateurs de la techno de Détroit raconter des anecdotes sur la création du genre, expliquer ce qui l'a poussé dans cette voie ou encore donner des conseils aux jeunes producteurs. "N'ayez pas peur de faire quelque chose de nouveau, de différent" concluait-il avant les derniers applaudissements, "si j'avais eu peur à l'époque, il n'y aurait probablement pas eu tout ça."

"N'ayez pas peur de faire quelque chose de nouveau, de différent." — Juan Atkins

juan atkins ©Sarah Bastin

©Sarah Bastin ©Sarah Bastin

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Mais notre crainte de ce soir fût surtout la forme physique d'Atkins. Être capable, après deux heures de conférence et un décalage horaire douloureux, d'assurer derrière les platines du Rafiot nous semblait insurmontable ; non pas pour une légende de la nuit, mais pour un homme de 53 ans. La péniche qui allait nous servir de résidence nocturne pendant les trois prochaines nuits était bondée, même pour un jeudi par -2°C à Strasbourg. Température dans les cales, 115°C. De l'ambiance intime du début avec Douchka (l'un des talents français sélectionnés lors de la dernière session RBMA Tokyo) à celle débridée de la fin avec Medicis & Vanshift (membre du collectif de la maison, Friendship) en passant par l'Anglais DJ Bok Bok et sa grime et bass music musclée qui n'a épargné personne, oui le Rafiot a tenu le coup. Mais c'est sans parler de la fureur du public devant Juan Atkins.

Douchka - ©Sarah Bastin Douchka - ©Sarah Bastin

DJ Bok Bok - ©Sarah Bastin DJ Bok Bok - ©Sarah Bastin

Au climax de la soirée, le moment que tout le monde ici attendait, était l'arrivée du DJ de Détroit que quasiment personne n'avait un jour eu la chance de voir jouer. Allait-il partir sur un set à base de ses morceaux originaux ou allait-il plutôt jouer des tracks de techno contemporaines ? Et si ce dernier cas, lesquels, de qui, de quels sous-genres ? Est-il plutôt techno berlinoise, anglaise, roumaine ? Techniquement progressif ou ultra cuté ? J'ai le temps d'aller reprendre un verre avant qu'il arrive ou pas ? Vous sentez l'excitation ? C'était ça l'ambiance, l'électricité qui parcourait tous les moussaillons enragés du Rafiot et tous ont pu constater que le Monsieur assurait encore le show.

Juan Atkins - ©Sarah Bastin Juan Atkins - ©Sarah Bastin

Juan Atkins - ©Sarah Bastin Juan Atkins - ©Sarah Bastin

Juan Atkins - ©Sarah Bastin Juan Atkins - ©Sarah Bastin

Juan Atkins - ©Sarah Bastin Juan Atkins - ©Sarah Bastin

Un set qui oscillait entre house, techno et experimental, du récent et du old-school réunis, mais surtout un choix de morceaux pointus, puissants, fédérateurs avec, dans leur ADN, ce même grain de folie précurseur que Cybotron exploitait 35 ans plus tôt. Et bien que son set n'est pas été techniquement parfait comme une Nina Kraviz ou un Ben Klock pourraient le faire, Juan se faisait plaisir, et nous aussi.

La fête se prolongea sur les deux nuits suivantes avec toujours autant de force et d'engouement. Il y avait tellement de monde devant Detroit Swindle et Âme le lendemain que l'on jurait sentir la péniche pencher. Éclectisme était le maitre mot de ces trois jours ; en découlait un mélange, un partage au sein même du public ainsi qu'un amour communicatif d'une même passion pour la dance music et la découverte musicale.

Detroit Swindle - ©Sarah Bastin Detroit Swindle - ©Sarah Bastin

Âme - ©Sarah Bastin Âme - ©Sarah Bastin

©Sarah Bastin ©Sarah Bastin

Introduit par Jeremy Underground, c'est surtout devant le set de Robert Owens, pionnier de la house de Chicago avec Larry Heard et Ron Wilson, que la phrase qu'il nous disait plus tôt dans une interview prit sens : "La house rassemble les gens." Voir un public hurler à l'unisson sur chaque incroyable envolée vocale du chanteur de Fingers Inc. était une expérience inoubliable.

Robert Owens et Jeremy Underground - ©Sarah Bastin Robert Owens et Jeremy Underground - ©Sarah Bastin

Robert Owens - ©Sarah Bastin Robert Owens - ©Sarah Bastin

Robert Owens - ©Sarah Bastin Robert Owens - ©Sarah Bastin

À une époque où l'industrie du disque est en berne, observer des légendes de la musique électronique se mêler aux jeunes futurs espoirs dans une ambiance de fête et de respect mutuel, ça nous fait quelque chose. Ce quelque chose nous l'appellerons "optimisme".