Sublime mélange de musique primitive africaine, d'électronique, d'acoustique et de magie vaudou, cet album s'annonce être un sérieux concurrent à la course aux albums qui marqueront l'année. Et le fait que, pour nous, Romare fasse partie des artistes les plus prometteurs de 2015 n'est pas un hasard à cela. À cette occasion, le garçon nous a offert la première écoute d'un nouvel extrait de son disque, le titre 'Prison Blues', ainsi qu'une interview. Qui es-tu Romare ?

Interview de Romare

Ton personnage a quelque chose de plutôt mystérieux, comme une sorte d'aura vaudou que je n'explique pas. Mais qui es-tu réellement ? D'où te viens cette aura ?

Je joue de la guitare depuis mon tout jeune âge. Je me suis mis à la batterie ado. Le fait d'apprendre à composer des mélodies et des accords à la guitare au même moment que lorsque j'ai appris le rythme à la batterie m'a donné envie de composer des chansons. À partir de là, j'ai commencé à jouer en groupe et derrière les ordinateurs. Je suis né en Angleterre mais j'ai passé la plus part de ma vie à l'étranger et mon père a une belle collection de folk music.

"Il y a une magie dans cet équilibre entre des sons heureux et des sons tristes."

Ton son est vraiment unique. Mais comment, toi, tu le décrirais ?

J'essaie de faire et je fais une musique équilibrée. C'est un mélange de vieux sons tirés de musique que je sample et de nouveaux sons de la musique que je produis. Je pense aussi qu'il y a une magie dans la musique qui provient de cet équilibre entre des sons heureux et des sons tristes, c'est ce qui m'a poussé à en produire.

Pour ceux qui ne connaissent pas Romare Bearden, est-ce que tu peux nous parler de lui, de son travail ? Il est tellement important pour toi que tu lui as même emprunté son propre nom pour ton nom de scène. Artistiquement parlant, qu'est-ce qu'il représente pour toi ?

C'était un collagiste et peintre américain qui superposait et disposait des coupures de magazines et de journaux sur sa propre peinture et ses propres dessins pour dépeindre des scènes de la vie américaine du milieu et la fin du 20ème siècle. J'ai voulu faire de la musique de la même manière qu'il faisait de l'art. J'ai voulu créer des thèmes dans mon travail en prenant des samples particuliers et en les assemblant d'une manière provocante. J'ai aussi voulu créer un son qui mélangeait du vieux avec du nouveau.

L'Afrique est le berceau de la musique. Pourtant tu arrives — non sans une incroyable aisance — à mixer cette musique primitive avec des sons électroniques, technologiques, modernes voire futuristes... Quel est le lien entre musique électronique et musique africaine ? Quel est ton secret pour harmoniser ces deux genres ?

Je pense que toutes les musiques ont des points communs. C'est pourquoi la musique est inépuisable. Dans mon premier disque (Meditations On Afrocentrism), j'ai voulu explorer cette connexion entre la musique africaine et la musique afro-américaine parce que leurs points communs me fascinaient. C'est pourquoi j'ai beaucoup utilisé de samples venus d'Afrique et d'Amérique. J'ai plongé ces samples dans une profondeur électronique car j'utilise beaucoup d'instruments électroniques, mais je n'appellerais pas cette musique 'électronique' parce que j'utilise aussi une guitare acoustique, des percussions, des batteries, des prises de son et des passages vocaux, donc il y a une forte présence acoustique également.

"Je pense que toutes les musiques ont des points communs."

Projections est ton premier album. D'après ton communiqué de presse, c'est un hommage à Bearden et une nouvelle approche artistique pour toi. Explique-nous un peu ça...

Le nom de l'album provient de l'une de ses premières expo, 'Projections', où été présentées quelques-uns de ses travaux les plus inspirés. De la même manière que son expo, j'ai voulu cet album comme une exploration des nombreux aspects de la culture américaine. Les tracks comme 'Jimmy's Lament' et 'Ray's Foot' sont un hommage aux musiciens américains. Certains comme 'Work Song' et 'Motherless Child' sont des réinventions des classiques musicaux américains. Et d'autres comme 'Rainbow' et 'Roots' sont plus conceptuels et interrogent sur la question de l'identité dans une société américaine moderne.

C'est quoi la suite pour toi ?

Comme mon dernier single 'Roots', je souhaite en sortir un autre avec, en face B, un track qui n'apparait pas dans l'album mais qui fait partie de ce projet. [Il fait ici référence au track 'Pusherman', ndlr] J'ai aussi commencé à bosser sur mon prochain album. La plus part de mes représentations live sont pour l'instant des DJ sets vu que ces dernières années j'ai garni ma collection de disques récents et anciens, et j'aime toujours autant la façon dont de nouveaux sons se créaient en mixant deux disques ensemble. Mais je travaille aussi sur un nouveau live prêt à paraitre au même moment que la sortie de l'album.

Romare Boiler Room Amsterdam DJ Set par brtvofficial

Projections de Romare prévu le 23 février 2015 via Ninja Tune. En pré-commande ici.

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Artwork de Projections

Tracklist

01. Nina’s Charm
02. Work Song
03. Motherless Child
04. Ray’s Foot
05. Roots
06. Jimmy’s Lament
07. Lover Man
08. Rainbow
09. Prison Blues
10. The Drifter
11. La Petite Mort

English version

1/ You are some kind of mysterious, with a voodoo aura that we can’t explain. But who are you really ? Where does this aura come from ?

I played guitar from a young age. I moved on to drums as a teenager. Learning how to compose melodies and chords on the guitar at the same time as learning how to make rhythms on the drums made me want to make songs. From then on I started making music in bands and on computers. I was born in England but I spent most of my life overseas and my dad has a good collection of folk music.

2/ Your sound is unique. But, with your own words, how can you describe it ?

I try and make my music balanced. It's a mixture of old sounds from music that I sample and new sounds from music that I make. I also think that there is a magic in music that comes from balancing happy and sad sounds which draws me in to the music-making process.

romare © Sam Gill

3/ For those who don’t know Romare Bearden, can you tell some words about him and his work ? He is so important to you that you choose to use his own name, artistically speaking, what does he represent to you ?

He was an American collagist and painter who layered and arranged cut outs from magazines and newspapers with his own painting and drawing to depict scenes of American life during the mid to late twentieth century. I wanted to make music in the same way that he made art. I wanted to create themes in my work by choosing particular samples and arranging them in a provocative way. I also wanted to create a sound that was a mixture of old and new.

romare
Romare Bearden

4/ Africa is where the music was born. But yet you achieved to mix primitive music and sounds with electronic, technologic music… Is there any similarity between electronic and african music ? What is the key to harmonise these two genres ?

I think all music has similarities. That's why music is so inexhaustible. I wanted to explore the connection between African and African-American music in my first record 'Meditations On Afrocentrism' because I was fascinated by the similarities. This is why I used a lot of samples from Africa and America. I blend these samples with a largely electronic sound because I use a lot of electronic instruments, but I wouldn't call it electronic music because I use acoustic guitar, percussion, drums, field recordings and spoken word passages in my compositions too, so there is a strong acoustic presence in the music as well.

Romare © Chris J Rhodes

5/ Projections is your first album. I heard from your press release that it is an homage to Romare Bearden and a new approach for you. What does this album represent to you ? What did you want to create, to share ?

I named the album after one of Romare Bearden's first exhibitions 'Projections', where he showcased some of his most inspirational work. Similarly to this exhibition, I wanted the album to explore various aspects of American culture. Songs like 'Jimmy's Lament' and 'Ray's Foot' pay tribute to American musicians. Other songs like 'Work Song' and 'Motherless Child' are reinventions of classic American songs. And songs like 'Rainbow' and 'Roots' are more conceptual and raise questions about identity in modern American society.

6/ Your incoming projects, releases, gigs… ? 

Like my last single 'Roots', I want to do another release with a B side that won't be on the album but will feel like it belongs to the project. I have also started working on my next album. Most of my shows are DJ sets at the moment as I've been expanding my collection of new and old dance records over the last few years and still enjoy the way new sounds are made from mixing two records together. But I'm also working on a new live set which will be ready to perform by the time the album comes out.